Retraité des pelotons cyclistes, Laurent Jalabert s’attaque à son premier Grand Raid. Avec excitation et modestie face au défi qui l’attend.
Cela fait quelques mois que l’idée lui trottait dans la tête. L’année dernière déjà, à l’issue de son premier triathlon Ironman à Hawaï, "Jaja" avait casé la Diagonale des fous dans un coin de
son agenda. Presque une évidence pour cet homme de défis, retraité hyper-actif en quête constante de nouvelles aventures. Ancien numéro un mondial, maillot jaune, maillot vert et maillot à pois
sur le Tour de France, champion du monde contre-la-montre, l’immense Laurent Jalabert fait figure d’invité de luxe. Bien sûr, il ne faut pas s’attendre à des miracles du champion cycliste qui
présente tout de même des références intéressantes en course à pied avec un record sur marathon à 2h45. Les podiums, la course à la gagne, les chronos qui s’affolent, Jalabert a tourné la page.
C’est avec une très courte expérience en trail, que le désormais consultant de France Télévisions se présente sur la ligne de départ. Une seule ambition : voir Saint-Denis.
Comment vous est venue cette idée de participer au Grand Raid ?
Cela fait longtemps que je connais la course de réputation. Un ami triathlète y a participé il y a deux ou trois ans. Je l’ai vu revenir déchiqueté de partout ! Il m’a raconté plein de
choses sur la course. J’ai vite compris qu’il s’agissait d’une aventure surhumaine mais je me suis vite dit qu’il serait sympa de relever le défi. Plus récemment, j’ai rencontré un des
organisateurs. J’ai vu quelques images. L’envie est devenue trop forte, j’ai décidé d’y aller... Cette année, ça tombait bien car je n’avais pas forcément envie de m’entraîner à nouveau très dur
pour le triathlon Ironman d’Hawaï comme ce fut le cas l’année dernière.
Vous êtes un novice en matière d’Ultra-Trail...
Oui... Ce sera ma première expérience. Mais je suis super heureux de découvrir un nouvel univers. C’est ce j’aime aujourd’hui, découvrir de nouvelles disciplines, de nouveaux espaces.
C’est assez excitant.
Et l’entraînement ? Arrivez-vous en parfaite condition physique ?
J’ai eu une année chargée... J’ai travaillé sur le Tour de France et j’ai enchaîné sur les Jeux de Pékin. Là-bas, j’ai essayé de trouver quelques créneaux pour m’entraîner. J’ai même réussi à
aller courir quatre heures sur la muraille de Chine. C’était sympa, j’ai pu trouver un peu de dénivelé. À part ça, pas grand-chose. J’essaie juste de me bricoler un petit programme d’entraînement
entre mes horaires à la con ! À dire vrai, ma plus grosse sortie en montagne a duré 6h30.
Vous avez une idée précise de ce qui vous attend pendant la course ?
A vrai dire, pas vraiment... Je vais découvrir. Je sais que c’est dur. Très dur. Je crains un peu une blessure liée à la fatigue. Courir en montagne, ce n’est pas facile pour un novice. On
trébuche facilement, on cherche ses pas. Heureusement, pendant mon périple, je vais être aidé par le Réunionnais Eddy Myrtal et par Alain De Maria, qui composent l’équipe. Ils vont être deux
guides précieux. On va partir doucement. Pas question de s’affoler au départ ! J’essaierai aussi de ne pas m’arrêter dormir et pour le reste, on verra. Je veux arriver au bout et vivre une
belle aventure humaine.
Vous avez un objectif chronométrique précis ?
Pas du tout. Vous savez, quand je courais le Tour de France, on se battait comme des chiffonniers sur le prologue pour quelques secondes. Et après dix jours de course, il y avait un quart d’heure
d’écart entre chaque coureur... Désormais, je n’ai plus trop envie de me préoccuper du chrono. Je ne vais pas batailler pour quelques minutes. Que je finisse en 28 heures ou en 38 heures, je
serai content. J’ai juste envie d’être finisher.
Quelques anciens cyclistes réussissent une belle reconversion dans le trail. Cela voudrait dire que vous possédez quelques dispositions physiques pour
briller dans la discipline...
Peut-être... Christophe Bassons, par exemple, est désormais un traileur reconnu en France. Il a gagné pas mal de belles courses et ce n’est pas un cas isolé. Alors oui, sur le plan physique, nous
avons certaines capacités. Reste à savoir si ça suffira pour la Réunion.
Au fait, la Réunion, vous connaissez ?
Oui. J’y suis venu il y a une quinzaine d’années. J’avais couru et gagné le critérium de Saint-Denis avant de prendre une petite semaine de vacances. J’en garde de bons souvenirs. Je suis très
heureux de revenir.
On vous a quand même prévenu qu’il n’y avait de maillots à pois pour le meilleur grimpeur ?
Oui, j’ai cru comprendre... De toute façon, je préfère prévenir tous les autres coureurs maintenant : je ne suis pas un bon grimpeur.
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